Les enfants et les femmes dans les mines

Publié le par pelenop

Ce qui nous frappe donc dans la législation anglaise de 1867, c'est, d'un côté, la nécessité imposée par le Parlement des classes dirigeantes d'adopter en principe des mesures si extraordinaires et sur une si large échelle contre les excès de l'exploitation capitaliste, et, de l'autre côté , l'hésitation, la répugnance et la mauvaise foi avec lesquelles il s'y prêta dans la pratique. La commission d'enquête de 1862 proposa aussi une nouvelle réglementation de l'industrie minière, laquelle se distingue des autres industries par ce caractère exceptionnel que les intérêts du propriétaire foncier et de l'entrepreneur capitaliste s'y donnent la main.

- Le travail des femmes -

Depuis 1842, les ouvrières ne sont plus employées sous terre, mais bien au-dessus, à charger et trier le charbon, à traîner les cuves vers les canaus et les wagons de chemins de fer, etc. Leur nombre s'est considérablement accru dans les trois ou quatre dernières années. Ce sont en général des femmes, des filles et des veuves de mineurs, de douze à cinquante et soixante ans.

Que pensent les ouvriers mineurs du travail des femmes dans la mine?
- Ils le condamnent généralement.

Pourquoi?
- Ils le trouvent humiliant et dégradan pour le sexe. Les femmes portent des vêtements d'hommes. Il y en a qui fument. Dans beaucoup de cas, toute pudeur est mise de côté. Le travail est aussi sale que dans les mines. Dans le nombre se trouvent beaucoup de femmes mariées qui ne peuvent remplir les devoirs domestiques.

Les veuves pouraient-elles trouver ailleurs une occupation aussi bien rétribuée?
- Je ne puis rien dire là-dessus.

Et pourtant vous seriez décidé à couper ce moyen de vivre?
- assurément !

D'où vous vient cette disposition?
- Nous, mineurs, nous avons trop de respect pour le sexe pour le voir ainsi condamné à la fosse à charbon...Ce travail est généralement très pénible. Beaucoup de ces jeunes filles soulèvent dix tonnes par jour.

Croyez-vous que les ouvrières occupées dans les mines soient plus immorales que celles employées dans les fabriques?
- Le nombre des mauvaises est plus grand chez nous qu'ailleurs.

Mais n'êtes vous pas non plus satisfait de l'état de la moralité dans les fabriques?
- non

Voulez vous donc interdire aussi dans les fabriques le travail des femmes?
- non je ne le veux pas

Pourquoi pas?
- le travail y est plus honorable et plus convenable pour le sexe féminin.

Il est cependant funeste à leur moralité, pensez vous ?
- Mais pas autant, il s'en faut de beaucoup, que le travail dans les mines. Je ne parle pas d'ailleurs seulement, au point de vue moral, mais encore au point de vue physique et social. La dégradation sociale des jeunes filles est extrême et lamentable. Quand ces jeunes filles deviennent les femmes des ouvriers mineurs, les hommes souffrent profondément de leur dégradation, et cela les entraîne à quitter leur foyer et à s'adonner à la boisson.

Mais n'en est-il pas de même des femmes employées dans les usines?
- je ne puis rien dire des autres branches d'industries.

Mais quelle différence y a-t-il entre les femmes occupées dans les mines et celles occupées dans les usines?
- Je ne me suis pas occupée de cette question

Pouvez-vous découvrir une différence entre l'une et l'autre classe?
- je me suis assuré de rien à ce sujet, mais je connais par des visites de maison en maison l'état igonminieux des choses dans notre district.

N'auriez-vous pas grande envie d'abolir le travail des femmes partout où il est dégradant?
- bien sûr...Les meilleurs sentiments des enfants doivent avoir leur source dans l'éducation maternelle.

Mais cela s'applique également aux travaux agricoles des femmes?
- Ils ne durent que deux saisons; chez nous, les femmes travaillent pendant les quatre saisons, quelquefois jour et nuit, mouillées jusqu'à la peau ; leur constitution s'affaiblit et leur santé se ruine.

Cette question [de l'occupation des femmes] vous ne l'avez pas étudiée de manière générale?
- J'ai jeté les yeux autour de moi, et tout ce que je puis dire, c'est que nulle part je n'ai rien trouvé qui puisse entrer en parallèle avec le travail des femmes dans les mines de charbon.
C'est un travail d'homme et d'homme fort. La meilleure classe des mineurs qui cherche à s'élever et à s'humaniser, bien loin de trouver un appui dans leurs femmes, se voit au contraire par elles toujours entraînée plus bas.


Après une foule d'autres questions, à tort et à travers, de messieurs les bourgeois, le secret de leur compassion pour les veuves, les familles pauvres, etc., se révèle enfin :

Le patron charge certains gentlemen de la surveillance, et ceux ci afin de gagner ses bonnes grâces, suivant la politique de tout mettre sur pied le plus économiquement possible ; les jeunes filles occupées n'obtiennent que 1 sh 6 d par jour, tandis qu'il faudrait en donner à un homme 2sh 6 d.

Marx : La capital, livre 1, ch XIII, p 436-440, Dietz, Sttutgart, 1914 (edit.all)
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