Pélénop soutient les Babayagas!

Publié le par pelenop

Autogérée, autonome, solidaire et citoyenne, c’est ainsi que les Babayagas conçoivent la résidence de leur vieux jours. Un concept si douillet qu’on en a presque envie de vieillir :-)

« Babayaga c’est la sorcière qui habite au bout du village une maison en pain d’épices perchée sur des pattes de poulet, et qui raconte des histoires aux petits enfants et ensuite elle les mange ». Le pain d’épices est emprunté au conte d’Hansel et Gretel et tous les petits enfants russes savent que Baba Yaga n’est qu’une cruelle ogresse dont il faut à tout prix éviter de s’approcher. Mais foin des détails, par ce joyeux clin d’œil, le ton est donné. Les deux fières et coquettes mamies qui nous accueillent ce matin-là autour d’un café à la maison des femmes de Montreuil ont en ces quelques mots posé les règles de notre entretien : il sera pétillant et facétieux.

Thérèse, Monique et Suzanne sont à l’origine du projet : un lieu de vie pour personnes âgées, autogéré, citoyen, solidaire et écologique. Ces quatre points sont les piliers de la charte sur laquelle reposeront toutes les structures qui porteront ce nom. Pour le moment, les plans de la maison-pilote s’étalent devant nos yeux, et le terrain à bâtir à un pâté de maisons de là.

 


 

Ces trois féministes de la première heure, fringantes et hyperactives, craignent comme la peste d’être prises en charge par l’administration et le pouvoir social et médical. Partant de ce principe, elles ont eu l’idée d’un lieu qu’elles géreront aussi bien qu’elles ont su jusqu’à maintenant conduire leur vie : dans l’indépendance, la bonne humeur et la solidarité : « Pour les petits soins, nous serons au service des unes et des autres, et pour des choses plus importantes, on appellera le médecin, l’infirmier ou qui droit pour qui en aura besoin ». Chacune aura son appartement. Dans ce contexte, elles comptent bien rester le plus longtemps possibles conscientes politiquement, de manière à garder un œil sur la ville, la société et au besoin peser sur les décisions de la municipalité. « Il ne faut pas oublier qu’en 2020, nous serons plus de 17 millions à avoir plus de 65 ans, c’est-à-dire environ un quart de la population française. Il est très important que les vieux et les vieilles demeurent en alerte sur ce qui se passe dans la société ».

Les critères de sélection sont l’élément clé de la réussite du projet. À ce jour, 17 studios d’environ 35 mètres carrés sont prévus, pour une soixantaine de candidates de 65 à 80 ans. Il va donc falloir faire un choix. Mais qui dit choix dit sélection, et qui dit sélection dit exclusion, un mot qui fait mal aux oreilles de ces militantes soixante-huitardes pur jus. La qualité première est l’habitude de la vie collective, ce qui oriente le choix d’emblée vers les femmes de syndicats, d’associations et de partis. La première maison de Babayagas sera militante, ça promet des soirées animées ;-). Thérèse précise : « Il faudra que ces femmes soient capables de s’entendre entre elles, afin de préserver l’harmonie du groupe ». Pour réussir ce tour de force, elles prévoient une période probatoire de 6 mois, pendant laquelle chaque candidate s’engage à conserver son logement au cas où, ainsi qu’une médiatrice extérieure qui viendra aider le groupe à se réguler « car les vieilles dames ne sont pas toujours commodes » (sic ;-)). Bref, le contraire de Mamie Nova, même si elles ne mangent pas les petits enfants.

À la question de la non-mixité répond un clin d’œil irrévérencieux. Primo, les hommes, elles les ont assez vus durant toute leur vie pour rêver de tranquillité aujourd’hui. Deuxio, statistiquement, ils seront tous morts. Leur espérance de vie est plus courte et à 80 ans, il y a 7 fois plus de femmes que d’hommes et tertio, rien n’empêche aux babayagas de recevoir le/la partenaire de leur choix (« hommes ou femmes, ne soyons pas réductrices, mesdames » ;-)), mais pas à demeure. Plus clairement, le concept se décline comme on le souhaite, sous réserve du respect des quatre piliers de la charte, et rien n’empêche que les futures maisons labélisées soient mixtes ou au contraire uniquement masculines. Soit, mais leur mère à toutes a été conçue féminine et non-mixte, par choix.

Voilà pour la vie communautaire, bâtie sur le modèle de la démocratie participative. Côté pratique, plein de choses intéressantes sont prévues, comme l’espace beauté (esthétique, coiffure « pour rester vieilles et belles », sic encore), qui pourra accueillir des professionnelles à domicile, et en vrac un bassin de balnéothérapie, une salle polyvalente pour faire des mégateufs ouvertes au public une salle de yoga un atelier artistique et une terrasse, de l’internet et de la technologie. Monique rêve de bébés nageurs et Thérèse d’une université des nouveaux savoirs des Vieux. Tout est réuni pour construire une vraie cité des femmes. Et de conclure sur ces mots : « Si tu rêves les choses tu les fais ». En tout état de cause la première pierre sera posée en septembre 2005, pour une inauguration en 2007. On verra les détails plus tard.

Rien de tout cela n’est utopique. Le terrain, cédé par la mairie, se situe en plein centre-ville, à deux pas de la mairie et du métro. L’adhésion à l’association coûtera 25 euros par mois, et le loyer sera étudié par l’office des HLM, qui finance le projet. Les occupantes continueront, le cas échéant, de bénéficier de leurs droits sociaux (aide au logement, aides ménagères etc.). Une équipe de juristes planche depuis un an sur une convention avec les institutions concernées.

Ce qui sous-tend ce projet est une approche très optimiste et sereine de la vieillesse et de la mort. « C’est un devoir, en vieillissant, de croire à une éthique de bonheur et de ne pas forcément faire la gueule. Ça ne veut pas dire pour autant tomber dans l’excès qui consisterait à n’être que dans le bonheur alors que cela n’est pas forcément vrai. Il ne s’agit pas de faire semblant, mais d’être. Notre objectif est que notre fin de vie soit entourée de personnes avec qui nous sommes bien, et notre devise : "vieillir heureuses et mourir sereines" ».

Pour le moment, l’idée fait son chemin ailleurs en France et nos Babayagas de Montreuil en sont à une dizaine de candidatures sérieuses. Bienvenue aux autres.

Thérèse Clerc, Monique Bragard et Suzanne Goueffic
Propos recueillis par les Meufs

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