LA FEMME EST-ELLE UN MONSTRE ACCIDENTEL ? (1)

Publié le par pelenop

La femme chez Aristote


Aristote fut le premier, comme dans le célèbre tableau de Raphael, à ramener la philosophie sur terre là où Platon plaçait son monde des idées.

Il fut le premier à reconnaître l’héritage des philosophes malnommés « présocratiques », comme si la philosophie n’existait pas en Grèce avant Socrate.

Dans Métaphysique livre A (Alpha), Aristote décline les doctrines de ses prédécesseurs. Homme de science, il fonda le Lycée, où il donna ses cours. Ses livres furent perdus mais retrouvés au fur et à mesure des copies des moines au long des siècles qui nous séparent de la grandeur de la cité d’Athènes et de l’Empire grec.


Il s’intéressa à tout : à l’économie (Les économiques bien que cet écrit soit attribué aujourd’hui à son disciple Théophraste à partir de leçons d’Aristote), à l’éthique (Ethique à Eudème, Ethique à Nicomaque) à la politique (Les politiques, les Constitutions grecques) à la météorologie (La Météorologie), aux sciences (La physique), à la biologie (De la Génération et de la corruption, des parties des animaux…), aux astres (Les météoriques) etc.


Qui lit Aristote ne peut qu’être d’accord avec cette affirmation de Lénine dans ses Cahiers philosophiques : les prêtres ont soustrait tout ce qu’il y avait de vivant chez Aristote.

Mais tout génie, nommé au moyen-âge en lettres capitales : le PHILOSOPHE par ses pairs, fusse-t-il brillant, demeure homme de son temps, Aristote n’échappe pas à cette détermination : il défend l’esclavagisme et surtout justifie une idée commune de la femme : celle d’un être secondaire, presque surnuméraire.


C’est à ce point que nous nous intéresserons ici.


Il y a deux ouvrages où Aristote s’intéresse plus particulièrement à la question féminine, d’une part dans Les Politiques, où il est fait mention de la femme comme l’un des termes du ménage ayant son « importance » toute relative nous le verrons dans la sphère politique et d’autre part dans De la Génération et de la corruption, où Aristote traite de la femme, ou plutôt de la « femelle », comme d’un être biologique à part entière, mais singulièrement inférieur à l’homme (le mâle).


Revenons à Les Politiques : Pour Aristote le vivant est un d’abord composé d’une âme et d’un corps (I, 5, 1254 a 35), faisant en quelque sorte écho au dualisme platonicien.

En effet si Aristote tente de ramener le philosophe dans le « monde sublunaire », loin des Idées, il n’en demeure pas moins idéaliste. La femme a son importance dans ce qu’Aristote nomme l’administration familiale tout en sachant que pour Aristote la famille « achevée » se compose d’esclave et de gens libres (I,3, 1253 b, 5).

Aristote ne s’en cache pas pour lui le rapport entre le mâle et la femme et le rapport entre le puissant et le faible, le mâle se doit de commander et la femme d’être commandée (I, 5, 1254 b, 15). En cela la femme est rejetée de la sphère de la décision.

Est-ce pour autant que la femme se doive d’être une « esclave » ? Pas le moins du monde.

La femme appartient comme l’enfant de la famille à la sphère de gens libres, mais tout comme l’enfant, elle doit être « driver » dirait-on de nos jours.

En effet, pour Aristote il est clair comme de l’eau de roche que par nature les gens libres sont peu robustes aux taches manuelles et difficiles, mais bien plus apte à la vie politique, de ce temps qui oscille entre la guerre et la paix (I, 5, 1254 b, 30).

Si cette sphère politique appartient de toute évidence à l’homme, mais l’homme dans son administration familiale se doit d’être accompagné. La famille a en effet un rôle politique qui est de se donner les moyens de se procurer des biens et de les mettre en réserve, ce qui est indispensable à la vie et utile à la communauté politique (I, 8, 1256 b, 30).

Le chef de famille (l’homme) est un monarque qui règne sur la famille et les esclaves (I, 7, 1255 b, 20), mais sur la femme s’exerce un pouvoir politique et on royal comme sur l’enfant (I, 12, 1259 a 40).

Pour Aristote la femme possède l’activité de délibérer, c’est-à-dire d’avoir conscience de soi et de son environnement et d’agir sur celui-ci, mais ne possède « naturellement » pas l’autorité (I, 13, 1260 a, 13) pour mener cette capacité à bien. La femme possède certes une forme de courage (et de vertu) mais non celle du chef mais du subordonné (I, 13, 1260 a, 24).

Ainsi Aristote, n’hésite pas à citer Sophocle dans son Ajax : « Pour une femme la parure est son silence » (I, 13, 1260 a, 11).


Et voici comment Aristote, en accordant quelque droits à la femme mais en s’enfermant dans les conceptions de son temps et dans sa vue biologiquement défaillante, évince cet être singulier de son traité Les Politiques.

C’est par une lecture du très platonicien De la Génération et de la Corruption que nous devons tenter de comprendre comment Aristote en arrive à cette image fausse de la « femelle », tout droit issue d’un platonisme alors encore mal digérée et n’ayant pas encore muée en un véritable «  aristotélisme ».

Ceci suppose de s’intéresser un temps à un concept particulièrement important dans le corpus aristotélicien et très innovant en philosophie alors : la notion d’accident. En effet, Aristote est l’inventeur de différents concepts particulièrement important, on se souvient tous de la quadruple causalité et de la notion de métaphysique. Certaines autres notions pour ainsi dire propre à Aristote réémerge dans l’œuvre de manière récurrente, dont celle d’accident.

 

Léo Levallois

Publié dans Textes

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