La prostitution suit le fil du patriarcat.

Publié le par pelenop

Depuis qu'existe la féodalité, la prostitution va de pair. Que les femmes soient bien loties ou mal logées, les prostituées sont depuis le début des femmes exploitées, violentées.

Le mot prostitution vient du latin prostituere (mettre en avant, exposer au public) et signifie proposer une relation sexuelle en échange de rémunération.

La prostitution qu'elle soit domestique, artisanale et/ou industrielle, est toujours une violence faîte aux femmes, à la condition féminine.

Historiquement, la prostitution se divise en deux phases : la prostitution sacrée et la prostitution profane.


L'Antiquité : prostitution sacrée.

A cette époque, les femmes stériles n'avaient pas leur place dans la construction de la famille patriarcale.

Afin qu'elles servent à quelque chose, en Mésopotamie, on les assignait au temple dédié à la déesse de la fertilité Inanna à Sunner (Déesse Ishtar pour les Babyloniens). Les fidèles masculins se rendaient au temple, s'unissaient avec les prostituées afin de prier la déesse d'accroître leur force génitale, étendre leur fertilité aux sols et aux troupeaux.

La prostitution devient alors une grande ressource financière pour les temples. Les responsables de Etats Babyloniens et du Moyen Orient l'avaient bien compris puisqu'ils ouvrent des maisons des maisons closes.


La prostitution quitte alors le sacré pour passer au profane.


La prostitution profane.


En Grèce antique, au VI ème siècle avant J-C, Solon (père fondateur de la République) crée des établissements municipaux comme des zones de commercialisation à Athènes. Dans les gynécées, les prostituées étaient des esclaves orphelines. Mais quand il n'y avait pas de gynécées, les femmes racollaient dans les ports.

A Corinthe, au temple d'Athénée, on comptai 1000 prostituées.

Les prostituées se divisaient en 3 catégories :

Les classiques ou Pallaques étaient des prostituées exerçant dans les rues, les ports...

Les Aulétrides : pratiquaient la prostitution mêlée à la pratique d'art, cela leur permettait d'avoir accès à une clientèle plus bourgeoise.

Les Hétaïres : étaient des prostituées de rang plus élevé. C'étaient des prostituées, dites « courtisanes » des dirigeants.


 

A Rome, au II ème avant J-C, 10 000 esclaves de sexe féminin, enfants y compris, étaient vendus par jour. Ces femmes et filles étaient munies d'une licence d'exercice à la prostitution.


Chez les hébreux, la religion monothéiste interdisait la prostitution. Mais l'interdiction était une image : seules les femmes exerçant la prostitution sans consentement d'un homme (mari/père) étaient punies.


Dans le Christianisme ancien, la prostitution est considérée comme une faute grave mais "sauvable" par la foi.

Mais au IV ème siècle, la prostitution fut considérée comme naturelle car elle protège les femmes honorables du désir des hommes. Thomas D'Aquin considérait la prostitution comme nécessaire à la société comme les toilettes à une maison : ça sent mauvais mais sans elles c'est toute la maison qui sentirait mauvais.


Au XII ème, les papes et les évêques organisent la prostitution et en tirent dès le XIV ème siècle un profit financier. Les monastères étaient donc équipés de bordels. En Italie du nord, la prostitution était instituée de manière obligatoire pour combattre l'homosexualité. Ces maisons ne devaient recevoir, normalement, ni hommes mariés, ni prêtres, ni juifs.

Les prostituées étaient considérées comme des femmes sacrifiées pour un bien supérieur : l'ordre public.

Après leur activité de prostitution, ces femmes pouvaient se repentir dans les monastères comme Marie-Madeleine.

A cette époque, la prostitution prend encore deux autres formes selon les venues des femmes :

  • étrangères, exclues, violées, servantes enceintes, veuves, abandonnées

  • femmes de bonne condition

Au XVI ème, les maisons closes ferment pour installer la prostitution dans la clandestinité.

Du XVII ème au XIX ème, c'est la chasse à la prostitution. On emprisonne, bannit, enferme dans les asiles, les prostituées. La Salpêtrière est la prison des prostituées selon la volonté de Louis XIV.

A la veille de la révolution française, on comptait 30 000 prostituées simples et 10 000 prostituées de luxe à Paris.


 

En 1796, Napoléon instaure le registre de la prostitution.

En 1802, la visite médicale est instituée pour lutter contre la propagation de la syphilis.

On nommait, encore une fois les prostituées de deux façons :

  • celles qui exerçaient dans la rue : « en carte »

  • celles qui exerçaient dans les maisons closes : « à numéro »

 

Les maisons closes prennent le nom de « maisons de rendez-vous ». La fermeture définitive de ces maisons date de 1946 par la loi Marthe Richard.

1975 est la date du premier mouvement des prostituées « La révolution des prostituées » qui occupe l'église de St Nizier à Lyon et la chapèle Montparnasse à Paris.


 

Retracer les étapes historiques de la prostitution permet de comprendre que cette activité a toujours été instaurée, agencée, organisée par les pouvoirs supérieurs. Aujourd'hui, sous le capitalisme, cette stratégie est beaucoup plus fine. Ainsi, le libéralisme et l'individualisme masquent cette position. Or, la prostitution est bel et bien une économie parallèle des états capitalistes. La différence actuelle est que l'on parvienne à faire croire aux femmes se prostitutant que c'est un choix qu'elles font librement, que leur activité est un travail.

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;) 02/02/2010 13:20


extrêmement instructif, merci !!!


Spiral 01/02/2010 09:41


Jmbien cete article.

Et la pornographie (sur le net) c'est de la prositution aussi, non?

Consommation sexuelle payante d'une personne ...


pelenop 02/02/2010 20:14


Tout à fait ! C'est de la prostitution disons "moderne".