Shaha Jaham: même après ta mort, ta force et tes mots resteront !

Publié le par pelenop

" Je viens d'une famille musulmane. Mon existence n'a pas été facile et pour comble, ma fille a été tuée. La colère m'a envahie : pourquoi ma fille? J'ai compris que ce n'était pas un cas isolé.Alors, j'ai décidé de quitter la maison.

J'ai fondé une association que j'ai appelée Association de femmes contre la dot. Mon travail m'a permis de développer un réseau de connaissances dans le milieu associatif. Quelque temps plus tard, une nouvelle association a vu le jour, Shakti Shalini, c'est-à-dire Pouvoir aux femmes. J'ai beaucoup donné de mon temps à cette association pour laquelle je ne travaille plus aujourd'hui. Mon rêve était de créer un foyer pour les femmes et les enfants, et ce rêve a vu le jour. Il fallait réaprendre aux femmes qui avaient fui leur foyer ou avaient été chassées de chez elles comment vivre seules, travailler et élever leurs enfants.

Mon travail a été difficile, j'ai dû me battre constamment : contre la société, contre l'administration, contre la police...La vie d'une femme est comme une rose : son corps est entouré d'épines. On voit la rose, personne ne voit les épines. Aujourd'hui encore, je continue cette lutte.

Car en Inde, la vie d'une femme est longue lutte, aujourd'hui encore. La lutte devient donc la seconde nature de la femme. Tout ce que j'ai enduré, c'est du passé - mes fils et mes filles ont maintenant leur propre famille - mais il y a une chose que je n'oublierai jamais : ma fille a été brûlée vive. J'ai parfois craint qu'on me tue moi aussi, à cause de mon militantisme, mais je n'ai pas peur, parce que mon travail auprès des associations m'a permis de regagner confiance en moi.

J'ai élevé mes enfants dans un esprit de tolérance. Quand j'ai marié mon fils, je l'ai prévenu qu'il devait traité sa femme avec respect, sans jamais mentionner le viol dont elle avait été vistime, il a accepté. Ma belle-fille vit depuis à la maison, et tant pis pour ceux qui y trouvent à redire. Ma famille est très unie; nous vivons au sein de la société, mais différemment.
Par exemple: ma petite fille voulait épouser quelqu'un de son choix, or personne n'était d'accord. "Pourquoi? ai-je demandé. Si elle veut épouser un garçon qu'elle aime, qu'elle l'épouse". Et en quinze jours, j'ai organisé son mariage.

Mon travail porte ses fruits tous les jours. Et à l'ère de l'informatique et des télécommunications, les évolutions sont plus rapides. Je le constate avec les enfants des villes (dans les villages, les difficultés sont encore énormes). L'éducation est facilitée par les modes de vie modernes. Les générations suivantes mèneront une vie encore plus différente. Mais j'espère que mon chemin laissera des traces, d'autres pourront suivre. Même après ma mort, je veux que ma force et mes mots restent."


Shaha Jaham, témoignage livré à JR pour son projet, Women are Heroes.

Publié dans Portraits

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