Yan Ruxian, ethnologue chez les Mosuo

Publié le par pelenop

Chez les Mosuo, il y a la famille mais il n'y a pas de mariage ; conception dont la compréhension est presque impossible aux yeux des gens modernes.

Mme Yan explique le système social et la vie des Mosuo en disant que ce système matriarcal des Mosuo a été légué par l'histoire. C'est un cas spécial et donc précieux. On pourrait considéré ce système comme « un fossile vivant » de société. Il est certain que ce système a évolué au cours des siècles, mais les recherches sur la vie actuelle des Mosuo revêtent tout de même une grande signification.
Dans un sens général, ce n'est qu'un aspect de la vie de l'humanité, dans un sens spécifique, ce sont des traces historiques et sociales qui nouent le monde actuel à son passé. D'après Mme Yan, les codes éthiques de l'humanité sont passés par trois étapes.

La première étape a été l'époque historique du matriarcat : pendant plus de 90 % de ses trois millions d'années d'histoire, l'humanité a vécu dans ce système. Cela a laissé une profonde influence sur l'humanité. Beaucoup de bonnes morales traditionnelles viennent de là, même si les gens ne s'en rendent pas complètement compte.
La deuxième étape a été l'époque de la désintégration du système du matriarcat et de l'apparition de sociétés patriarcales, et ce jusqu'au tout début de la société capitaliste.
La troisième étape est l'époque de l'individualisme qui est née avec le système du capitalisme.

Le système matriarcal des Mosuo vient directement de la première étape.

Mme Yan a rendu visite à une famille. La plus vieille génération est composée de quatre soeurs. Elles ont une dizaine de fils et filles et beaucoup de petits enfants. Elles sont les descendantes d'une seule grand-mère. Les membres de la première génération sont les mères et les oncles des membres de la deuxième génération.
Chaque enfant est protégé. L'amour des mères est devenu une puissante force centripète. Dans la famille, les membres font ce qu'ils peuvent faire et la famille pratique une distribution égale de biens et des tâches. Bien sûr, ce n'est pas l'égalitarisme absolu.
Les personnes âgées sont respectées, les jeunes sont joliment vêtus et les enfants sont les mieux nourris. Les Musuo mènent une vie harmonieuse et heureuse. Il est fréquent de voir plusieurs générations vivant sous un même toit. Les querelles et conflits d'intérêt nés entre des membres de deux groupes sanguins différents n'existent pas.

Chez les Mosuo, égalité entre l'homme et la femme, respect des personnes âgées, amour des enfants, relations de bon voisinage, etc. se sont codifiés selon une morale stricte, ce sont une coutume, un mode de vie.
Les phénomènes comme abandon des personnes âgées, infanticide féminin, conflits entre voisins, politique du plus fort, etc. sont pratiquement inexistants. C'est vraiment « un pays de nobles gens. »
Un niveau de vie relativement élevé

 Quelles sont les conditions de vie chez les Mosuo ?
Le peuple mosuo est intelligent, m'a dit Mme Yan. Les Mosuo ne sont ni arriérés, ni primitifs comme on pourrait l'imaginer. Leur morale traditionnelle est leur règle de vie. Tout le monde se sent en sécurité et est traité équitablement. Les Mosuo sont parvenus à une assez haute productivité. Leur niveau de vie est relativement élevé par rapport à celui des minorités nationales des environs. Ils mettent des céréales dans des granges en bois.
Ils mettent d'abord de côté les semences et les céréales pour la nourriture. Avec le reste, ils en font des boissons et des alcools.
En 1995, chaque personne a récolté en moyenne plus de 1 000 kg de céréales et chaque famille possède en moyenne une dizaine de cochons. De plus, le tourisme commence à se développer chez eux. Là-bas, le paysage naturel est pittoresque et les gens sont beaux. Beaucoup de femmes mesurent 1,70 m de haut et beaucoup d'hommes 1,80 m. Ils sont d'une bonne qualité esthétique. Les hommes savent apprécier les belles robes des femmes, leur belle manière de marcher, voire de manger. Quant aux femmes, elles aiment l'humour, le sourire clair et la grande taille robuste des hommes.
 Comme il n'y a pas de mariage, il n'existe donc pas de famille avec un mari et une femme.
 

 Comment donc s'établissent les relations entre un homme et une femme ?
 Comment procèdent-ils à des rencontres ? Quelles en sont les contraintes ?
Selon Mme Yan, là-bas, un tout petit nombre de personnes se marient. Ceux qui ne se marient pas suivent la tradition dite du Zouhun. C'est-à-dire qu'à l'âge de 13 ans, les filles doivent participer à la cérémonie du port de la jupe et les garçons à celle du port du pantalon. Après cela, ils peuvent se lancer dans des activités sociales. Quand ils atteignent leur maturité sexuelle, ils commencent à chercher des amis du sexe opposé.
Le mot « ami » a aussi le sens de partenaire sexuel ou amant. Ils appellent ça « Axia » .
« Ami » , au sens ordinaire, est prononcé « Azhu » chez les Mosuo. Dans des lieux publics, Azhu peut aussi signifier amant. Ni la famille, ni la société ne met de bâton dans les roues de la libre recherche d'un Axia par les hommes et femmes adultes. Ce que doivent faire les mères, c'est préparer une chambre appelée chambre des hôtes pour leur fille. Les filles et garçons sont complètement libres et maîtres de leur choix dans leur recherche d'amis et de partenaires sexuels. Si un garçon et une fille se plaisent, le garçon peut aller passer la nuit chez la fille le jour même de leur rencontre. La mère peut donner des conseils à la fille mais ne peut pas l'obliger de faire telle ou telle chose, parce que dans une famille matriarcale, les relations entre les membres sont détendus et paisibles.
On se respecte, on peut discuter de n'importe quel problème et la discussion est démocratique.

Mme. Yan est restée longtemps chez les Mosuo, elle y a rarement vu des disputes ou des bagarres. Ce n'est pas comme dans une société patriarcale où les enfants doivent obéir à la volonté des parents. Si les deux partenaires ne s'entendent plus très bien ou si l'un des deux ne veut plus continuer ce genre de relations, ils peuvent se quitter sans autre difficulté. Aucun des deux ne va déranger, contraindre ou posséder l'autre sans son accord. Continuer ou non les rapports de Axia dépend complètement de la volonté du garçon et de la fille.

Selon une enquête effectuée dans les années 60, certains Mosuo n'avaient qu'un Axia au cours de leur vie, d'autres en avaient 100. Celui qui n'en a qu'un n'est pas considéré comme ascète, et celui qui en a beaucoup n'attire pas plus l'attention ou les commentaires des autres, car ce sont des décisions personnelles. Les amoureux gardent l'habitude d'échanger des cadeaux, mais leur nombre est limité, souvent le garçon offre à la fille le produit de son travail, des tissus, du thé, voire de l'argent. La fille donne au garçon des pantalons, des ceintures ou autres articles artisanaux. Les Mosuo mettent l'accent sur les sentiments.

Les Axia passent la nuit ensemble. Dans la journée, le garçon rentre chez lui pour travailler. Si un homme est incapable de trouver une amie, personne d'autre ne l'aide.
La nuit, il est obligé de dormir avec son oncle. Car conformément aux règles matriarcales, un jeune homme doit passer la nuit chez son amie, il n'a donc pas sa propre chambre. La fille est la maîtresse de la maison, le garçon n'est toujours que de passage : si tu veux nouer des relations avec moi, j'accepte, si tu me déplais, on se dira au revoir. Donc l'homme ne maltraite pas la femme et celle-ci n'opprime pas l'homme.
Les relations sexuelles sont libres, si plusieurs garçons aiment une même fille, c'est à la fille de choisir. Les phénomènes de la société patriarcale comme la chasteté avant le mariage, l'amour extra-conjugal, le divorce, etc. n'existent absolument pas chez les Mosuo. La jalousie est rare chez eux. C'est un sentiment négatif né avec le système de la propriété privée.
Il y a un adage chez les Mosuo ; « Je passe devant ce village-ci, il y a certaines de mes connaissances, je passe devant un autre village, il y a aussi certaines de mes connaissances« .
C'est-à-dire que partout il y a des filles et des garçons.

Le système matriarcal des Mosuo a continué jusqu'à nos jours. Ce qui laisse entrevoir la puissante force vitale de ce système. Dans les premiers jours de la fondation de la Chine nouvelle en 1949, certains Mosuo se sont mariés, créant ainsi quelques familles patriarcales. Actuellement, les Mosuo se rendent compte de l'importance de leurs traditions et caractéristiques. La plupart des familles pratiquent la tradition du Zouhun. Les familles patriarcales sont toujours peu nombreuses. D'ailleurs, ces familles ne sont pas comme ce que nous croyons. Par exemple, avant la libération, un tusi avait choisi un fils de noble pour le marier à sa fille. La fille, n'aimant pas son « mari », est rentrée chez sa propre famille. Elle a épousé un esclave et a eu des enfants avec lui. Son père ne pouvait pas l'empêcher, car un Mosuo peut librement chercher des partenaires dans toute la région. Même un tusi ne pouvait pas décider du mariage de sa fille. Influence de l'économie de marché Les Mosuo sont depuis longtemps entrés dans la société divisée en classes. Les biens des familles sont privés.
Mais les familles suivent une série de critères moraux et de règles traditionnelles propres au système matriarcal, comme l'appartenance des biens à tous les membres, l'égalité des sexes, l'union et l'harmonie, l'amitié et l'entraide réciproque, etc. Les querelles, les bagarres au sujet des biens ou des sexes n'existent pas chez les Mosuo. Et on peut généraliser cette attitude au voisinage, au village, voire à tout le groupe ethnique. Citons encore un exemple, pour développer le tourisme, chaque famille n'a droit qu'à un seul petit bateau, les riches ne peuvent pas en acheter plus d'un et on donne de l'argent aux pauvres pour qu'ils puissent s'en fabriquer un. C'est le principe des chances égales pour tout le monde et de l'enrichissement commun.

Une fois, il s'est produit un glissement de terrain dans la montagne. Les maisons des habitants de la minorité Yi ont été complètement détruites. Ils furent obligés de descendre de la montagne. Les Mosuo les ont accueillis et leur ont volontairement cédé une partie de leurs terres cultivables. Les Mosuo ne repoussent pas les autres nationalités, au contraire, ils les embrassent les bras ouverts. Les gens d'autres nationalités (Han, Lisu, Yi, etc.) ont été influencés petit à petit et ont fini par adopter cette attitude, et ce volontairement. Cependant, on ne peut pas négliger l'influence de l'économie de marché. Avec l'ouverture à l'extérieur de la région des Mosuo et avec l'augmentation des populations instables, toutes sortes de nouvelles conceptions, d'informations font irruption dans cette région. Les Mosuo font face à ces épreuves. Par exemple, certains jeunes oncles ne veulent pas travailler activement. Mme Yan compte revenir dans la région des Mosuo pour une autre inspection au moment convenable. La vie sentimentale des Mosuo est très libre et est peu troublée par des intérêts économiques. On dirait un "pays de nobles gens".

C'est enviable, mais on ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour eux : s'ils rencontrent des gens mauvais et bien déguisés, ils vont se laisser rouler. Selon Mme Yan, ce genre de choses se sont vraiment produites. Peu avant la fondation de la Chine nouvelle, certaines personnes non mosuo ont eu des rapports sexuels avec des femmes mosuo en les tentant avec de l'argent ou d'autres objets, ce qui a eu pour conséquence l'apparition de maladies sexuelles. Les Mosuo en ont bien souffert. Après, la Chine nouvelle a envoyé des équipes médicales dans cette région pour faire disparaitre ces maladies. Donc, la tradition du Zouhun a ses limites. Il n'y a que les Mosuo qui ont droit à cela. Les gens d'autres nationalités en sont interdits. Toute la société doit se mobiliser pour prendre soins des Mosuo et pour protéger leur patrimoine culturel spécial. 


« Pays de nobles gens » près du Lac Lugu Interview de Mme Yan Ruxian, docteur en ethnologie

Publié dans Actualité

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