Avis d'un lecteur sur La domination masculine.

Publié le par pelenop

Voici un commentaire que nous avons reçu, par un lecteur qui a assisté à une avant-première de La domination masculine, suivie d'un débat avec le réalisateur. Il nous semble intéressant de vous faire part de cette très juste analyse, qui plus est, venant d'un homme.

 

 

"Je vous écris suite à votre article sur le documentaire 'la domination masculine'

 

J'ai eu la possibilité de voir le film en avant première suivi d’un débat à la fin de la projection avec Patrick Jean

 

Je tiens juste à préciser avant de parler du film que je suis un homme, étudiant, de condition sociale largement favorisée (dire d’ « où on parle » comme on disait en 68, me semble être primordiale dans une analyse féministe)

 

D’abord vous remarquez justement dans votre article que c’est encore un homme qui dénonce le patriarcat ; il est largement à déplorer que ce ne soit pas une femme qui ait eu les moyens de tourner ce film, mais bon, on peut peut-être espérer qu’en imposant un point de vue ‘légitime’, du moins d’un hyperdominant social (comme le réalisateur se décrit lui même – homme, quadra, de classe aisé) le film évitera les ‘mal baisées rancunières’ et autres commentaires foireux sur les motivations réelles du réalisateur et qui empêcheraient tout débat médiatique…

 

Ce qui est très dommage dans le film c’est qu’il a tendance à se concentrer sur les points spectaculaires de la domination masculine : violences conjugales, publicités retouchées, jouets… pas que ces aspects ne sont pas importants ou qu’on en parle trop, mais qu’ils sont le développement extrême de la logique patriarcale : le réalisateur a fait délibérément le choix de ne pas inclure dans la version finale du film ces ‘petits rien’ qui maintiennent le système patriarcale (de son propre aveu il avait pourtant tourné des séquences montrant ses expressions quotidiennes)

 

La conséquence de ce choix est que le film est réellement frustrant car ne proposant RIEN ou presque : on voit des femmes battues, des martyrs canadiennes, des féministes discutant pendant leurs repas bien bourgeois… mais pas un instant un réel appel à se prendre en main, femmes comme hommes, pas de ‘bring the war at home’ affirmé (on en reste aux problèmes ‘de la sphère publique’ où seul unE flic, unE psy ou unE assistantE sociale peuvent faire quelque chose). Finalement, le film (du moins je l’ai perçu comme ça) en reste à déplorer les pires aspects de la domination et ne proposant rien, ne montrant pas que le féminisme est source d’émancipation à la fois pour la femme et pour l’homme, il en reste au stade de la condamnation morale culpabilisante.

 

Il y a toutefois quelques points positifs : la séquence sur les violences conjugale m’a particulièrement bouleversé et ramène un peu sur terre quand à ce qu’implique les mots trop souvent vide de sens de ‘femmes battues’. La structure du film est  aussi intéressante : on passe des dominations spectaculaires plus latentes comme les jouets, les livres pour enfants (anciens d’ailleurs) aux plus violentes pour retomber brusquement sur une aberrante exposition de voitures. Je nuance donc ici un peu mon propos de tout à l’heure : il y a bien un parallèle entre les aspects quotidiens de la domination et les aspects spectaculaires, mais il n’est pas assez, je pense, développé.

 

Quant aux liens avec le capitalisme qui peuvent renforcer/justifier/se combiner avec le patriarcat, le réalisateur n’a pas voulu aborder le sujet dans le film ni même dans le débat...

 
 

Un lecteur régulier de Pelenop"

 

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