Shanti Mehrar

Publié le par pelenop

" Je viens du Rajasthan, du village de Nasirabad. J'ai passé mon enfance dans les collines du Rajasthan, à battre le blé, casser des pierres dans les mines, ramasser du bois. C'est ça, mon enfance. Chaque jour, je cassais une caisse de pierres pour les voies ferées. J'étais payée 10 paises. Ma famille allait et venait entre le Rajasthan et Dehli pour gagner sa vie et moi, je suivais ma famille. Je ne suis jamais allée à l'école. Ma plume, c'était mon marteau; mon encrier, la grosse caisse dans laquelle on déposait les pierres; les pages de mon livre, les courbes dans collines. voilà mon école.


 

A Dehli, même chose. Les goudronneuses n'existaient pas. On mélangeait le goudron à la main puis on le portait sur sa tête. Il nous tombait sur le visage et sur le corps.

 

On m'avait mariée très jeune. Je ne sais pas quand...j'étais enfant. Mais je l'ai quitté. Puis j'ai choisi mon partenaire d'une caste différente, quelqu'un que j'aimais bien - je n'avais même pas dix-huit ans ! Pendant quelques années, la vie était belle.Il travaillait sur les chantiers aussi. Près de Kashmiri Gate, il y a une université, j'y ai posé les fondations. A l'époque, je portais les vêtements traditionnels des femmes : de longues jupes de 9 ou 12 mètres, des blouses, des voiles. Aujourd'hui, je retourne dans cette même université pour donner des cours qur les droits des femmes ! Alors quand je pense à tout ça, je suis fière, très fière. Autrefois, je portais et posais des briques. Et maintenant je pose les briques de la pensée, de l'expérience, pour bâtir une autre société.


 

Dans ma vie, chaque changement a été comme une naissance. Ma première naissance était ma naissance biologique. Puis je suis venue au monde dans la société, par la pensée. L'enseignement m'a fait découvrir une nouvelle lumière, une nouvelle voie. Voici les épines, voici les fleurs, à toi de choisir.

Ma grad-mère croyait aux conq puissances: le ciel, le feu, l'eau, le vent, la terre. Elle leur rendait homage tous les matins. Elle nous a aussi transmis cela. J'ai beaucoup appris de la nature. Dans le bus, je parle au soleil, et personne ne s'en rend compte ! Et puis toute enfant, j'ai commencé à aimer la déesse Kali, comme une amie. Mère Kali, qui représente la force, fait partie de ma vie.


 

Mon rêve c'est que ma famille grandisse grâce à mes pensées et ma force. C'est mon rêve personnel. Vous allez trouver ça égoïste, mais j'ai maintenant presque soixante-cinq ans (j'ai appris mon âge quand ma mère est morte il n'y a pas longtemps) et j'espère que mes dernières nuits seront douces."

 

Shanti Mehrar, témoignage livré à JR dans le cadre de son projet photographique Women are Heroes .

Publié dans Portraits

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article